Que l’on soit tous des « victimes consentantes » des GAFA, comme le dit Jacques Séguéla (1) ou que l’on reste hermétique à leur utilisation, il faut bien se rendre à l’évidence… les Google, Amazon, Facebook et Apple de ce monde, les GAFA – mais aussi les FANG et autres NATU – prennent de telles proportions qu’il est difficile de les ignorer. D’un projet né de l’esprit fertile de Mark Zuckerberg, Facebook est devenu un mastodonte sur lequel 2,2 milliards d’utilisateurs se retrouvent, partageant la même interface, les mêmes codes et subissant les mêmes aléas, au gré des décisions prises par l’équipe dirigeante. Si Facebook était un pays, quelles seraient ses dimensions ? Quelles seraient ses règles ? Comment se comporteraient ses habitants ? Une transposition imaginaire, certes, mais néanmoins basée sur des faits et chiffres bien réels.

Facebook, pays jeune en pleine croissance démographique

Si la croissance démographique de certains pays comme le Liberia, le Burundi, l’Afghanistan ou encore le Niger est perçue comme très importante, à raison de 3,50 à 4,55%, Facebook est, à l’échelle d’une nation, le pays qui connaît le plus grand nombre de nouveaux entrants. Sans compter la croissance exponentielle du média social bleu et blanc au cours des quinze années qui ont suivi son lancement, aujourd’hui estimée à 11% par an (2).

Aujourd’hui, FacebookLand, ce sont 2,23 milliards d’utilisateurs actifs dans le monde, soit plus d’une fois et demi la taille de la Chine, pays le plus peuplé au monde ; soit également trois quarts de la population des BRICS et près d’un tiers de la population de la Terre.

Comme tout pays, Facebook est divisé en régions géographiques, en agglomérations et en villages. La région la plus importante, si l’on considère le planisphère tel qu’on le connaît, se situe à l’Est, avec 873 millions d’utilisateurs venus d’Asie. Les Français, quant à eux, ne représentent qu’une fraction du nombre total de la population de Facebook, soit seulement 33 millions.

Transports, mobilité et finance dans un pays surdimensionné

Les déplacements, dans cet immense pays qu’est Facebook, se font sans pause et à travers tous les supports. Parmi les 1,47 milliards d’individus qui se déplacent d’un point A à un point B chaque jour sur Facebook, la quasi-totalité d’entre eux le font en utilisant un appareil mobile.

Pays prospère, Facebook ne dort jamais. C’est surtout les jeudis et les vendredis que la population de Facebook se met en action. Pour une raison étrange, la fin de la semaine marque une activité supérieure de 18% par rapport à la normale.

Intrigués et intéressés par les mouvements de population et les habitudes de chacun, les professionnels du marketing qui décident de s’installer dans ce vaste pays numérique y voient des opportunités à saisir. Car, dans ce pays, cibler un groupe d’individus en fonction de leur âge, de leur sexe, de leur CSP, niveau de revenus et centres d’intérêt est plus simple que n’importe où dans le monde.

Immigration et règles de conduite dans un pays libre

Facebook est un pays qui ne connaît pas de problèmes d’immigration. Une carte de séjour s’obtient en quelques clics seulement et même si l’âge minimum des habitants est de 13 ans, celui-ci ne reste que théorique, certains médias annonçant plusieurs millions d’habitants plus jeunes, parvenus à se glisser entre les mailles du filet. Qu’importe… une fois entrés dans le pays, on peut s’appeler Billy, Simplet ou Blanche Neige, une identité et une personnalité peuvent être montées de toutes pièces. Les entrants illégaux s’appellent des Fake et ils seraient 83 millions (2). Nobody’s perfect…

Facebook est un pays où l’on ne boit pas, on ne mange pas, on ne fume pas. Les habitants s’alimentent à doses de vidéos et les matières premières arrivent à profusion, à raison de plus de 300 millions par jour (3). Un pays qui, bien que lié à l’espace-temps, encourage ses habitants à l’activité intellectuelle et à l’engagement. C’est ainsi que les quelque 2,3 milliards d’habitants partagent, chaque minute, 510 000 commentaires, 293 000 liftings appelés « mises à jour de profils » et 136 000 photos.  Chaque jour, ce sont près de 5 milliards d’éléments de contenus qui sont échangés dans ce pays où l’interaction est récompensée à sa juste valeur.

Père d’une nation prospère, Mark Zuckerberg et ses quelque 25 000 collègues veillent sur leurs habitants, régissant le fonctionnement du pays, les règles de politesse,  les politiques liées à l’expression, à l’usurpation d’identité, aux jeux de hasard, aux incitations…

Les habitants de Facebook sont souvent réunis en groupes partageant les mêmes affinités. Des groupes ouverts ou fermés, selon les cas, nécessitant parfois de montrer patte blanche pour y accéder. Des groupes où l’on partage des intérêts et un langage communs et au sein desquels on fait (parfois) de belles rencontres.

Mœurs et éthiques de la société Facebook

Facebook est un pays où l’on échange un peu, beaucoup, passionnément… comme des fous ! A Facebookland, les amis de vos amis sont vos amis, et leurs amis aussi. Un pays dans lequel il suffit de demander à quelqu’un « veux-tu être mon ami » pour entrer en relation avec cette personne. D’ailleurs, il est bien inutile de passer par les préliminaires ou par des démonstrations de politesse pour mieux se connaître. On se rencontre et on se met à nu, donnant à tout un chacun l’opportunité de regarder des photos de vacances, de savoir ce que l’on a mangé la veille, de connaître les états d’âme et les pensées politiques de chacun. Open bar de la pensée, même la plus intime, Facebook est résolument un pays qui prône l’ouverture sociale. Un pour tous et tous pour tous.

Au pays de Facebook, il n’y a pas de grands, de petits, de gros, de maigres… ni de timides. Tout le monde discute sur ce qui semblerait être un même pied d’égalité et tout le monde a la verve facile. On s’exprime, on rit, on aime, on commente… on regrette parfois, on insulte de temps en temps, on montre de l’empathie plus facilement que dans n’importe quel autre pays au monde. Un pays où il est impossible d’oublier un anniversaire et où chaque année supplémentaire est dignement célébrée. Un pays dans lequel on aime à revenir en arrière pour se rappeler du bon temps, où les chatons sont adorables et où les fautes d’orthographe ne sont pas pénalisées.

Et derrière chaque geste, chaque visuel, chaque clic, la police Facebook veille et enregistre chaque mouvement – pour la bonne cause, dit-elle, et dans l’intérêt de chacun.

Facebook : un pays en perpétuelle croissance

Ouvert et libre, Facebook est un pays avide de croissance. Un pays prêt à dominer le monde, si l’on en croit les statistiques et les faits. Un pays dont le gouvernement est à l’affût d’opportunités pour grandir encore, pour le bien de ses habitants comme pour le sien. Un pays prêt à mettre la main à la poche pour en acquérir d’autres, telle une petite île lointaine appelée Whatsapp, acquise en février 2014 pour la modique somme de 19 milliards de dollars, ou encore Instagram, rachetée quelques années plus tôt pour un peu plus de 747 millions de dollars. Car rien n’est trop beau pour plaire aux habitants de Facebook, qui d’ailleurs ne se privent pas de passer leurs vacances dans des pays voisins, toutefois plus petits, comme Twitter, Google +, Tumblr… Car, dans l’ombre, d’autres puissances préparent leur jeu et avancent, prêts à prendre le pas sur le géant Facebook…

Sources:

  1. « Le diable s’habille en GAFA », Jacques Séguéla
  2. Evolution du nombre d’utilisateurs du 2e trimestre 2017 au 2e trimestre 2018 (Source : Facebook)
  3. Source : CNN
  4. Source : Gizmodo
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